Combien les pays du Golfe investissent-ils au Maroc ?
Les Émirats arabes unis sont le premier investisseur du Golfe au Maroc. Selon l’Office des changes, ils ont été la première source de flux nets d’investissements directs étrangers au Maroc en 2024, avec 3,1 milliards de dirhams (environ 310 millions de dollars), soit 18,9 % du total et 57,8 % de plus qu’en 2023. Les Émirats détiennent aussi le deuxième stock d’IDE au Maroc, derrière la France.
| Pays | Flux nets 2024 | Part |
|---|---|---|
| Émirats arabes unis | 3,1 milliards MAD | 18,9 % |
| Allemagne | 2,1 milliards MAD | environ 13 % |
| Chine | 2,05 milliards MAD | environ 13 % |
| Tous pays | 16,3 milliards MAD | 100 % |
Le classement dépend de la mesure. En recettes brutes, la France était première en 2024, et les flux nets d’IDE ont bondi à environ 28 milliards de MAD en 2025, surtout grâce aux investissements français. Les flux nets émiriens ont continué de croître : 3,6 milliards de MAD sur les neuf premiers mois de 2025. L’Arabie saoudite est représentée par environ 250 entreprises au Maroc, selon la CGEM.
Que prévoit le partenariat Émirats–Maroc de 2023 ?
La déclaration de partenariat entre les Émirats et le Maroc a été signée à Abou Dhabi le 4 décembre 2023 par le roi Mohammed VI et le président Mohammed ben Zayed. Elle s’accompagne d’une douzaine de protocoles d’accord sur la grande vitesse ferroviaire, les aéroports, les ports de Nador West Med et Dakhla Atlantique, le gazoduc Nigeria–Maroc, l’énergie et l’eau. Aucun montant global n’a été annoncé officiellement.
La suite la plus importante concerne l’eau et l’électricité. En mai 2025, un consortium réunissant TAQA Morocco, le groupe marocain Nareva et le Fonds Mohammed VI pour l’investissement a signé trois protocoles d’accord avec le gouvernement et l’ONEE, évalués à 13 à 14 milliards de dollars d’ici 2030. Ils couvrent 900 millions de m³ par an de dessalement, un transfert d’eau nord-sud, une ligne électrique à haute tension et 1 200 MW d’énergies renouvelables. Ce sont des accords, pas encore des financements bouclés.
Les deux pays ont aussi finalisé en juillet 2024 les termes d’un accord de partenariat économique global (CEPA). Sa signature et son entrée en vigueur sont à vérifier avant de s’appuyer sur ses conditions tarifaires.
Quels secteurs attirent les investisseurs du Golfe au Maroc ?
Les investisseurs du Golfe au Maroc se concentrent sur cinq secteurs : énergies renouvelables et hydrogène vert, dessalement et eau, tourisme et immobilier, agriculture et sécurité alimentaire, logistique vers l’Afrique. L’énergie domine en montants. Le saoudien ACWA Power, constructeur du complexe solaire Noor Ouarzazate, a remporté en août 2025 les projets solaires Noor Midelt II et III, soit 800 MWc avec stockage par batteries.
| Secteur | Exemples | Pourquoi il attire le Golfe |
|---|---|---|
| Hydrogène vert | TAQA (Émirats) avec Moeve et ACWA Power (Arabie saoudite) parmi cinq groupes retenus en mars 2025 | Foncier, soleil, vent et proximité de l’Europe ; 319 milliards de MAD de projets retenus |
| Eau et dessalement | Protocoles TAQA–Nareva ; objectif national de 1,7 milliard de m³ dessalés par an en 2030 | Contrats publics de long terme dans un pays en stress hydrique |
| Solaire et stockage | ACWA Power : Noor Ouarzazate, Noor Midelt II et III | Contrats d’achat d’électricité de 30 ans avec MASEN |
| Tourisme et immobilier | Record de 19,8 millions d’arrivées en 2025 ; Coupe du monde 2030 | L’immobilier a capté 45,4 % des IDE nets en 2024 |
| Agriculture et sécurité alimentaire | Elite Agro (Émirats) : huitième ferme marocaine convenue en octobre 2026 | Approvisionnement alimentaire des marchés du Golfe |
L’hydrogène vert est le plus récent. Dans le cadre de l’Offre Maroc lancée en mars 2024, le Maroc a retenu en mars 2025 cinq groupes d’investisseurs pour six projets, puis signé en février 2026 des accords préliminaires de réservation foncière, jusqu’à 30 000 hectares par projet. Notre travail de stratégie d’investissement aide à arbitrer entre ces secteurs.
Quelles protections juridiques pour les investisseurs du Golfe au Maroc ?
Les investisseurs du Golfe au Maroc sont protégés par des traités bilatéraux d’investissement avec chaque État du Golfe et par des conventions de non-double imposition. Les traités d’investissement avec les Émirats, le Qatar, le Koweït et Bahreïn sont en vigueur depuis 2001–2002, et un nouvel accord maroco-saoudien signé en octobre 2025 garantit un traitement juste, le libre transfert des fonds et l’arbitrage international.
| Pays | Traité d’investissement | Convention fiscale |
|---|---|---|
| Émirats arabes unis | Signé en 1999, en vigueur en 2002 | Signée en 1999 |
| Arabie saoudite | Nouvel accord signé en octobre 2025 | En vigueur en 2022, appliquée depuis 2023 ; dividendes 5 % ou 10 % |
| Qatar | Signé en 1999, en vigueur en 2001 | En vigueur |
| Koweït | Signé en 1999, en vigueur en 2001 | À confirmer |
| Bahreïn | Signé en 2000, en vigueur en 2001 | En vigueur |
Selon la réglementation des changes marocaine, un investissement financé en devises peut rapatrier librement ses dividendes et produits de cession, sans autorisation préalable. Les taux conventionnels réduisent la retenue à la source de droit commun de 11,25 % sur les dividendes en 2026. Notre guide de création de société détaille la structure et la fiscalité.
Quelles incitations le Maroc offre-t-il aux investisseurs du Golfe ?
La Charte de l’investissement de 2022 offre des primes allant jusqu’à 30 % d’un investissement éligible aux investisseurs du Golfe et aux autres investisseurs étrangers, aux mêmes conditions qu’aux marocains. Le dispositif principal vise les projets d’au moins 50 millions de dirhams avec 50 emplois stables, ou plus de 150 emplois. Les projets stratégiques de 2 milliards de dirhams ou plus, fréquents pour le Golfe, se négocient avec l’État.
Le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, créé par la loi 76-20, peut co-investir. Il détient 15 % du consortium eau-électricité TAQA–Nareva. Pour un grand projet du Golfe, un co-investisseur public marocain facilite le foncier, les autorisations et les contrats de long terme avec les acheteurs publics.
Les investisseurs du Golfe peuvent-ils recourir à la finance islamique au Maroc ?
Oui. Le Maroc a agréé des banques participatives, son terme pour les banques islamiques, en 2017, émis son premier sukuk souverain en octobre 2018 (un ijara d’un milliard de dirhams sur cinq ans, sursouscrit 3,6 fois) et autorisé les assureurs takaful à partir de 2022. La finance participative reste modeste, autour de 2 % des actifs bancaires : les grands projets la combinent encore avec des financements classiques.
Pour un investisseur du Golfe, l’intérêt pratique est de pouvoir financer immobilier, équipements et fonds de roulement au Maroc avec des produits conformes à la charia auprès des banques participatives marocaines, en complément des financements classiques dont les grands projets ont encore besoin.
Quels sont les risques d’un investissement au Maroc depuis le Golfe ?
Les principaux risques d’un investissement au Maroc sont le stress hydrique, la lenteur des grands projets entre protocole d’accord et bouclage financier, et la politique régionale. Le risque macroéconomique a baissé : S&P a relevé le Maroc en catégorie investissement (BBB-) le 26 septembre 2025, et Moody’s a assorti sa note Ba1 d’une perspective positive en mars 2026.
- Eau : après plusieurs années de sécheresse, les barrages étaient remplis à 74 % en juin 2026, mais le stress reste structurel et certains bassins sont bien plus bas.
- Exécution : beaucoup d’accords du Golfe annoncés sont des protocoles. Foncier, autorisations et contrats d’électricité prennent du temps : prévoyez-le.
- Sahara occidental : la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU d’octobre 2025 appelle à des négociations sur la base du plan d’autonomie marocain. Les projets situés dans le territoire, comme à Dakhla, soulèvent encore des questions de réputation pour certains partenaires, et le mandat de la mission de l’ONU arrive à renouvellement fin octobre 2026.
- Change : le dirham est arrimé à un panier de 60 % d’euro et 40 % de dollar, avec une bande de ±5 %. Une nouvelle étape de libéralisation est attendue : couvrez les revenus en dirhams face à un financement du Golfe indexé sur le dollar.
- Chocs régionaux : la guerre de 2026 impliquant l’Iran a fermé l’espace aérien du Golfe pendant des semaines et suspendu certaines liaisons vers le Maroc jusqu’en mars 2026.
Notre travail d’analyse des risques et due diligence vérifie ces points pour un projet, un partenaire et un site précis avant tout engagement.
Pourquoi faire du Maroc une porte d’entrée vers l’Afrique ?
Le Maroc est une porte d’entrée vers l’Afrique pour les investisseurs du Golfe parce que les banques, les opérateurs télécoms et Royal Air Maroc opèrent déjà dans toute l’Afrique de l’Ouest. Un groupe du Golfe peut installer son équipe africaine à Casablanca, sous statut Casablanca Finance City, et atteindre la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Sahel via des partenaires marocains. L’Initiative atlantique de novembre 2023 prévoit en outre un accès à la mer pour les pays du Sahel via les ports marocains.
Les vols du Golfe rendent le hub praticable : Emirates, Qatar Airways et Saudia desservent Casablanca, et flynas a ouvert Rabat–Djeddah en juillet 2026. Notre guide sur le Maroc comme hub vers l’Afrique de l’Ouest couvre l’étape suivante, et notre page investisseurs du Golfe et du MENA présente notre façon de travailler avec la région.