Un étranger peut-il détenir 100 % d’une société au Maroc ?
Oui. Le Maroc permet aux personnes physiques et morales étrangères de détenir 100 % d’une société marocaine dans la plupart des secteurs, sans associé local obligatoire. Quelques activités sont réglementées (banque, assurance, certains transports, terres agricoles), mais une société de négoce, de services ou industrielle peut être entièrement étrangère et s’immatricule dans les mêmes conditions qu’une société marocaine.
La vraie question n’est pas la détention, mais la structure. Un groupe étranger peut créer une filiale marocaine, ouvrir une succursale de sa société étrangère ou commencer par une présence plus légère. Le bon choix dépend de la responsabilité, de la fiscalité et du moment où l’activité facturera localement. Notre page Maroc explique pourquoi les entreprises choisissent le pays ; ce guide explique comment s’y installer.
Quelle forme juridique choisir pour investir au Maroc ?
La plupart des investisseurs étrangers choisissent une SARL (société à responsabilité limitée) pour leur première entité marocaine. La SARL n’a plus de capital minimum légal depuis la loi 24-10 de 2011, limite la responsabilité de chaque associé à ses apports et peut n’avoir qu’un associé (SARL AU). La SA convient aux grands projets ou aux sociétés cotées ; la SAS aux projets avec investisseurs et gouvernance sur mesure.
| Forme | Capital minimum | Associés | Adaptée à |
|---|---|---|---|
| SARL / SARL AU | Aucun minimum légal (loi 24-10, 2011) | 1 ou plus | Filiales, PME, première implantation |
| SA | 300 000 MAD (3 millions MAD si appel public à l’épargne) | 5 au moins | Grands projets, secteurs réglementés, future cotation |
| SAS / SASU | Aucun (loi 19-20, 2021) | 1 ou plus | Projets avec investisseurs, joint-ventures, gouvernance souple |
| Succursale | Pas de capital propre | Société mère étrangère | Tester le marché sous le nom de la maison mère |
La succursale n’a pas de personnalité juridique distincte : la société mère étrangère répond de ses dettes. Elle s’immatricule au registre du commerce marocain, paie l’IS sur ses bénéfices marocains, et les bénéfices transférés à la maison mère supportent la même retenue à la source que les dividendes. Une succursale s’ouvre vite mais expose la maison mère ; une filiale cantonne le risque.
Quelles sont les étapes pour créer une société au Maroc ?
La création d’une société au Maroc suit huit étapes, de la réservation du nom auprès de l’OMPIC à l’affiliation à la CNSS. Depuis la loi 88-17 sur la création des entreprises par voie électronique, la plupart passent par une plateforme unique, DirectEntreprise, qui relie l’OMPIC, les tribunaux de commerce, la Direction générale des impôts (DGI), l’Imprimerie officielle et la CNSS.
- Certificat négatif : réserver la dénomination auprès de l’OMPIC. Il coûte 230 MAD et un nom disponible est généralement confirmé en 24 à 48 heures.
- Statuts : les rédiger et les signer, avec le capital, les associés et le gérant.
- Dépôt du capital sur un compte bloqué dans une banque marocaine, contre une attestation de blocage.
- Enregistrement des statuts auprès de la DGI. Les constitutions par apports en numéraire sont exonérées de droits d’enregistrement depuis 2018.
- Taxe professionnelle, identifiant fiscal (IF) et ICE, l’identifiant commun de l’entreprise, obligatoire sur chaque facture.
- Immatriculation au registre du commerce (RC) auprès du greffe du tribunal de commerce.
- Publication légale dans un journal d’annonces légales et au Bulletin officiel.
- Affiliation à la CNSS avant la première embauche.
DirectEntreprise, d’abord testée à Rabat, est généralisée à tout le pays depuis mars 2025. Les Centres régionaux d’investissement (CRI) restent l’interlocuteur de l’investisseur dans chaque région pour les dossiers, les incitations et le foncier, mais le dépôt lui-même est désormais électronique.
Combien de temps faut-il pour créer une société au Maroc ?
Pour un investisseur étranger, la création d’une société au Maroc prend environ deux à trois semaines de bout en bout. L’OMPIC annonçait en mai 2026 un délai moyen de trois jours pour traiter un dossier complet déposé en ligne, parfois moins de 24 heures. Le reste du temps va à la rédaction des statuts, à l’ouverture du compte bancaire et aux documents venant de l’étranger.
Deux points ralentissent le plus souvent les associés étrangers. D’abord, les documents émis à l’étranger (extrait K-bis ou équivalent de la société mère, passeport, procurations) doivent être apostillés ou légalisés, et traduits si nécessaire. Ensuite, les banques marocaines mènent des contrôles complets de connaissance client sur les actionnaires étrangers avant d’ouvrir le compte de capital. Les préparer avant le déplacement fait gagner une semaine ou plus.
Combien coûte la création d’une société au Maroc ?
Le coût officiel de création d’une société au Maroc est faible, car le principal poste historique, les droits d’enregistrement sur le capital, ne s’applique plus aux apports en numéraire. Depuis la loi de finances 2018, les constitutions en numéraire et l’incorporation de comptes courants d’associés sont exonérées. Le capital n’est pas un coût : il reste dans la société et est débloqué une fois l’immatriculation faite.
- Certificat négatif : 230 MAD.
- Droits d’enregistrement : exonérés pour les apports en numéraire ; les apports en nature suivent leurs propres règles.
- Taxe professionnelle : exonération de cinq ans pour les entreprises nouvelles.
- Cotisation minimale (0,25 % du chiffre d’affaires) : exonération des sociétés nouvelles pendant leurs 36 premiers mois.
- Autres frais : greffe, publications, annonce légale, et honoraires de rédaction et de dépôt, qui varient selon la structure.
Notre service de création de société établit un forfait une fois la structure choisie : le total est connu avant le démarrage.
Quels impôts paie une société au Maroc en 2026 ?
En 2026, une société marocaine paie l’impôt sur les sociétés (IS) à 20 % sur un bénéfice net inférieur à 100 millions de MAD et à 35 % au-delà, terme de la convergence des taux prévue par la loi de finances 2023. Banques et assurances paient 40 %. La TVA est de 20 % au taux normal et de 10 % au taux réduit ; les exportations sont exonérées.
| Impôt | Taux 2026 | Précision |
|---|---|---|
| Impôt sur les sociétés (IS) | 20 % / 35 % | 35 % à partir de 100 millions MAD de bénéfice net ; 40 % banques et assurances |
| TVA | 20 % (taux normal) | Taux réduit 10 % ; exportations à 0 % |
| Retenue sur dividendes | 11,25 % | 10 % à partir de 2027 ; les conventions fiscales peuvent la réduire |
| Contribution sociale de solidarité | 1,5 % à 5 % | Sur les bénéfices d’au moins 1 million MAD, prorogée jusqu’en 2028 |
| Cotisation minimale | 0,25 % du CA | Sociétés nouvelles exonérées 36 mois |
La loi de finances 2026 a aussi instauré, à partir du 1er juillet 2026, une retenue de 5 % sur les loyers versés aux sociétés et une retenue de TVA sur les prestations achetées par les grandes entreprises. Les investisseurs de pays liés au Maroc par une convention fiscale peuvent payer moins sur les dividendes : celle avec les Émirats arabes unis prévoit par exemple 5 % ou 10 %. Notre guide des investisseurs du Golfe détaille ces conventions.
Peut-on rapatrier bénéfices et capital depuis le Maroc ?
Oui. Selon la réglementation des changes marocaine, un investissement étranger financé en devises bénéficie du libre transfert de ses dividendes et du produit de cession ou de liquidation, plus-values comprises, net d’impôt marocain. Aucune autorisation préalable n’est requise : la banque de la société exécute le transfert et l’Office des changes contrôle a posteriori.
La condition tient au mode de financement. Le capital doit venir de l’étranger en devises convertibles, et les justificatifs bancaires de cet apport sont la preuve de l’investisseur. Conservez-les : ce sont eux qui rendent le transfert ultérieur automatique. Les règles en vigueur figurent dans l’Instruction générale des opérations de change 2024 de l’Office des changes, applicable depuis le 2 janvier 2024.
Quelles incitations offre la Charte de l’investissement de 2022 ?
La Charte de l’investissement, loi-cadre 03-22, prévoit des primes de l’État pouvant atteindre 30 % d’un investissement éligible au Maroc. Le dispositif de soutien principal s’applique aux projets d’au moins 50 millions de MAD créant au moins 50 emplois stables, ou aux projets créant plus de 150 emplois quel que soit le montant. Les projets stratégiques de 2 milliards de MAD ou plus se négocient au cas par cas.
- Création d’emplois : 5 % à 10 % de l’investissement.
- Prime territoriale : 10 % ou 15 % hors des provinces les plus développées.
- Prime sectorielle : 5 % pour les secteurs prioritaires.
- Parité, métiers d’avenir, développement durable et intégration locale : 3 % chacune.
Un dispositif dédié aux très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) est opérationnel depuis novembre 2025. Il couvre les projets de 1 à 50 millions de MAD, avec au moins 10 % de fonds propres, et prime l’emploi, la localisation et les activités prioritaires, là encore dans la limite de 30 %. Les CRI instruisent les demandes dans chaque région. Les sociétés de moins de trois ans sont dispensées de la condition de chiffre d’affaires.
Existe-t-il des zones à fiscalité allégée ?
Les zones d’accélération industrielle (ZAI, ex-zones franches) accordent aux entreprises industrielles exportatrices une exonération d’IS de cinq ans à compter du début d’activité, puis le taux de 20 %. Casablanca Finance City (CFC) offre aux sociétés financières et aux sièges régionaux une exonération de cinq ans à compter de la création, puis 20 %, et depuis 2026 un taux forfaitaire d’IR de 20 % pour leurs salariés.
Ces zones pèsent moins qu’avant. Depuis la réforme de 2023, le taux de droit commun de la plupart des sociétés est aussi de 20 % : l’avantage tient surtout à l’exonération de cinq ans, aux facilités douanières pour les exportateurs et au foncier industriel aménagé. Les sociétés installées en zone avant 2021 conservent leur ancien régime.
Comment un dirigeant ou salarié étranger peut-il travailler au Maroc ?
Un salarié étranger doit disposer d’un contrat de travail visé par le ministère marocain de l’Emploi avant de commencer, en vertu de l’article 516 du Code du travail. La demande se dépose en ligne sur la plateforme TAECHIR. Le plus souvent, l’employeur doit d’abord obtenir une attestation de l’ANAPEC constatant l’absence de candidat marocain, mais les gérants et associés figurent parmi les catégories dispensées.
Une fois le contrat visé, le salarié demande sa carte de séjour à la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). Prévoyez plusieurs mois pour l’ensemble et lancez la démarche dès que la société a son numéro de registre du commerce. Une fois implantée au Maroc, une entreprise dispose d’une base naturelle pour les marchés d’Afrique de l’Ouest.